Torsion des silhouettes, plissement des regards, courbures de la pensée : le pli imprime sa marque sur la droiture de nos lignes. Une photographie plasticienne qui s’articule autour d’un maître-mot, d’un maître-geste peut-être : le pli, avec les sillages et ravages qu’il abîme dans la rectitude d’une image. Insaisissable, sauvage, sculptant le relief d’un réel toujours fugace, le pli est ici capturé, dompté par l’objectif immobile, et gardé en otage entre les calmes limites d’une image. Là, dans le cadre droit qui tente d’en domestiquer l’excès, le pli expose toute sa force et ses sinuosités aléatoires : froissant les visages, brisant les angles, formant et déformant à loisir l’ondulation des fluides et des flammes, il substitue au relief familier une gravitation nouvelle. De ces photographies contemporaines, le pli seul est l’auteur, ouvrant au cœur de nos visions et mythes un revers d’inconnu.